Tendinopathie d’Achille chez le sportif : comprendre et traiter

Dr Pedro Diniz sur RTP1 — Bom Dia Portugal, rubrique Santé : la tendinopathie du tendon d’Achille. Entretien en portugais (3 min 6).

La tendinopathie d’Achille est l’une des blessures les plus fréquentes chez les sportifs, en particulier les coureurs, les footballeurs et les joueurs de sports de saut. Elle se manifeste par une douleur chronique du tendon d’Achille qui ne guérit pas malgré le repos. Contrairement à une rupture, il ne s’agit pas d’une déchirure complète mais d’une dégénérescence progressive du tendon. Le traitement repose en premier lieu sur la kinésithérapie et l’adaptation de l’activité. En cas d’échec, des options chirurgicales mini-invasives existent.

Qu’est-ce qu’une tendinopathie d’Achille ?

Le terme « tendinite » est souvent utilisé par les patients, mais le terme médical correct est « tendinopathie ». En effet, dans la grande majorité des cas, il ne s’agit pas d’une inflammation au sens strict (tendinite) mais d’une dégénérescence du tissu tendineux (tendinose). Le tendon perd sa structure organisée en fibres parallèles et devient désorganisé, épaissi et douloureux.

La tendinopathie d’Achille touche principalement les sportifs pratiquant des activités avec des sollicitations répétées du tendon : course à pied, football, basketball et tennis, par exemple. Elle peut également survenir chez des patients sédentaires, notamment en cas de surpoids, de modification brutale d’activité ou de facteurs métaboliques (diabète, hypercholestérolémie).

Les deux types de tendinopathie d’Achille

Il est fondamental de distinguer les deux localisations de la tendinopathie, car elles ont des mécanismes, des facteurs de risque et des traitements différents :

Tendinopathie de la portion moyenne (ou corporale)

C’est la forme la plus fréquente chez le sportif. La douleur se situe 2 à 6 cm au-dessus du talon, en plein corps tendineux. Le tendon est souvent épaissi et nodulaire à la palpation. Les facteurs favorisants incluent une augmentation trop rapide du volume d’entraînement, un changement de surface d’entraînement ou de chaussures, un déficit de souplesse des muscles du mollet, et des anomalies biomécaniques du pied (pronation excessive).

Tendinopathie insertionnelle

La douleur se situe directement à l’insertion du tendon sur le calcanéum (os du talon). La tendinopathie insertionnelle peut répondre de manière moins prévisible aux programmes d’exercices excentriques que la forme corporale, bien que d’autres mesures conservatrices comme les talonnettes et les ondes de choc puissent être efficaces. La tendinopathie insertionnelle peut coexister avec une bursite rétrocalcanéenne (inflammation de la bourse séreuse entre le tendon et l’os), qui est une pathologie distincte mais apparentée.

Comprendre la biomécanique du tendon d’Achille

Le tendon d’Achille est composé de deux parties anatomiquement distinctes : une portion aponévrotique (plate et large, en continuité avec le muscle) et une portion libre (ronde et étroite, entre le muscle et l’os). De plus, le tendon d’Achille est formé par la confluence des aponévroses du gastrocnémien et du soléaire, avec une contribution relative de chaque sous-tendon variant considérablement d’un individu à l’autre. Nos recherches ont montré que ces variations de section transversale des sous-tendons influencent directement la distribution des contraintes mécaniques dans le tendon et son comportement à la rupture.

Ce que dit la recherche Nous avons développé et validé un modèle numérique (modèle par éléments finis) du tendon d’Achille qui reproduit fidèlement la géométrie aponévrotique et libre du tendon. Ce modèle, publié dans le Journal of Orthopaedic Research, permet de simuler les contraintes mécaniques dans le tendon et d’étudier les mécanismes de lésion (Diniz P et al., J Orthop Res, 2022). En utilisant ce modèle, nous avons ensuite montré que les variations de taille relative des sous-tendons du gastrocnémien et du soléaire influencent directement le comportement à la rupture du tendon, ce qui pourrait expliquer pourquoi certains individus sont plus vulnérables aux blessures (Diniz P et al., J Exp Orthop, 2024).

Quel traitement pour la tendinopathie d’Achille ?

Traitement conservateur (première intention)

Le traitement de référence repose sur la rééducation, et en particulier sur le protocole de renforcement excentrique (protocole de type Alfredson). Ce programme d’exercices spécifiques, réalisé quotidiennement pendant 12 semaines, est efficace chez environ 60 à 80 % des patients.

Les autres mesures conservatrices incluent l’adaptation de la charge d’entraînement (réduction temporaire du volume et de l’intensité), les ondes de choc extracorporelles (ESWT), les orthoplasties ou talonnettes pour modifier la mise en charge du tendon. Les injections de corticostéroïdes sont contre-indiquées à proximité du tendon d’Achille en raison du risque d’affaiblissement et de rupture du tendon.

Le repos complet est contre-productif : il fragilise le tendon. La clé est de trouver le juste équilibre entre charge mécanique et récupération — c’est le concept de « gestion de la charge » (load management).

Traitement chirurgical

La chirurgie est envisagée après l’échec d’un traitement conservateur bien conduit pendant au moins 3 à 6 mois. Les options varient selon le type de tendinopathie :

Tendinopathie corporale : débridement du paraténon (la gaine qui entoure le tendon d’Achille) et du tendon (retrait du tissu dégénéré), parfois associé à des ténotomies multiples pour stimuler la cicatrisation. Ces gestes peuvent être réalisés par voie mini-invasive ou endoscopique.

Tendinopathie insertionnelle : résection de la partie du calcanéum en conflit avec le tendon d’Achille, débridement du tendon à son insertion, parfois avec réinsertion du tendon par ancres. En cas de perte de substance importante, un transfert du tendon du long fléchisseur de l’hallux (FHL) peut être réalisé pour renforcer le tendon d’Achille.

Ce que dit la recherche Notre étude publiée dans le Journal of Orthopaedic Research a également permis de simuler la progression d’une rupture partielle du tendon d’Achille vers une rupture complète pendant la rééducation. Ce modèle aide à comprendre quand une rupture partielle peut être traitée de manière conservatrice et quand une intervention chirurgicale est préférable pour éviter la rupture complète (Diniz P et al., J Orthop Res, 2024).

Quelle récupération ?

SituationDurée de récupération typique
Traitement conservateur3 à 6 mois de rééducation excentrique. Amélioration progressive. Reprise sportive graduelle.
Ondes de choc (ESWT)3 à 5 séances espacées d’1 semaine. Effet maximal à 3 mois.
Chirurgie corporaleBotte 2–4 semaines. Reprise du sport à 3–4 mois. Résultat définitif à 6–9 mois.
Chirurgie insertionnelleBotte 6–8 semaines. Décharge initiale. Reprise du sport à 6–9 mois. Résultat définitif à 6–12 mois.
Transfert FHLBotte 6 semaines. Renforcement progressif. Retour au sport à 6–9 mois.

Pourquoi consulter le Dr. Pedro Gonçalves Diniz ?

Le Dr. Pedro Gonçalves Diniz est chirurgien orthopédique spécialisé en chirurgie du pied et de la cheville, exerçant à Bruxelles (Hôpital Erasme, CHU Brugmann, Guiti Medical Center). Titulaire d’un doctorat (PhD) en bioingénierie, sa thèse portait spécifiquement sur la biomécanique du tendon d’Achille, incluant le développement de modèles numériques et d’algorithmes d’intelligence artificielle appliqués aux blessures tendineuses.

Il est auteur de plus de 10 publications spécifiquement consacrées au tendon d’Achille dans des revues internationales de référence (KSSTA, Journal of Orthopaedic Research, Journal of Experimental Orthopaedics). Ancien médecin de l’équipe U19 du Sport Lisboa e Benfica, le Dr. Diniz a une expérience directe de cette problématique en milieu de football professionnel. Son approche combine expertise chirurgicale, compréhension biomécanique approfondie et expérience en médecine du sport de haut niveau.

Prendre rendez-vous

Guiti Medical Center : Av. de Tervueren 128, 1150 Woluwe-Saint-Pierre — via DoctorAnytime

Hôpital Erasme : Route de Lennik 808, 1070 Bruxelles — via Erasme.be

CHU Brugmann : Place A. Van Gehuchten 4, 1020 Bruxelles — via Rosa.be

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Le Dr. Diniz adapte la prise en charge à chaque patient après un examen clinique complet.

Références scientifiques

Diniz P, Quental C, Violindo P, Veiga Gomes J, Pereira H, Kerkhoffs GMMJ, Ferreira FC, Folgado J. Design and validation of a finite element model of the aponeurotic and free Achilles tendon. J Orthop Res. 2022. DOI: 10.1002/jor.25408

Diniz P, Quental C, Pereira H, Ferreira AS, Kerkhoffs GMMJ, Castelo Ferreira F, Folgado J. Does free tendon length influence the injury risk of the Achilles tendon? A finite element study. J Exp Orthop. 2024. DOI: 10.1002/jeo2.70036

Diniz P, Quental C, Pereira H, Lopes R, Kerkhoffs GMMJ, Ferreira FC, Folgado J. Progression of partial to complete ruptures of the Achilles tendon during rehabilitation: A study using a finite element model. J Orthop Res. 2024;42(8):1670–1681

Pereira H, Diniz P, Sousa D, Souto C, Ripoll PL, Batista JP, Oliveira JM. Foot and Ankle Tendinopathies. In: Longo UG, Denaro V (eds) Textbook of Musculoskeletal Disorders. Springer, 2023, pp 521–530

Diniz P, Pacheco J, Flora M, Quintero D, Stufkens S, Kerkhoffs G, Batista J, Karlsson J, Pereira H. Clinical applications of allografts in foot and ankle surgery. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2019;27(6):1847–1872