Entorses de cheville à répétition : comprendre et traiter l’instabilité chronique

L’instabilité chronique de la cheville est la complication la plus fréquente après une entorse : elle touche environ 20 à 40 % des patients. Elle se manifeste par des entorses récidivantes, une sensation de « lâchage » de la cheville et des douleurs persistantes. Lorsque la kinésithérapie et le renforcement proprioceptif ne suffisent pas, un traitement chirurgical arthroscopique permet de stabiliser l’articulation de façon fiable et peu invasive.

Qu’est-ce que l’instabilité chronique de la cheville ?

L’entorse de cheville est le traumatisme sportif le plus fréquent. Dans la majorité des cas, les ligaments guérissent avec un traitement conservateur (repos, attelle, kinésithérapie). Mais chez 20 à 40 % des patients, les ligaments ne cicatrisent pas correctement ou restent distendus, ce qui entraîne une instabilité résiduelle.

Le ligament le plus souvent touché est le ligament talo-fibulaire antérieur (LTFA), situé sur la face externe de la cheville. C’est le premier ligament qui cède lors d’une entorse en inversion (pied qui « tourne » vers l’intérieur). Le ligament calcanéo-fibulaire (LCF) peut également être atteint dans les entorses plus sévères.

L’instabilité chronique ne concerne pas uniquement les sportifs : elle peut survenir chez toute personne ayant subi une ou plusieurs entorses mal soignées, et peut affecter la marche quotidienne, la montée d’escaliers ou le simple fait de marcher sur un terrain irrégulier.

Quels sont les symptômes ?

Les patients rapportent typiquement une sensation récurrente de « lâchage » ou d’insécurité de la cheville, des entorses qui surviennent pour des motifs mineurs (marcher sur un trottoir, un terrain légèrement inégal), des douleurs chroniques sur la face externe de la cheville, et parfois un gonflement récurrent après l’effort.

Il est important de consulter si ces symptômes persistent malgré une rééducation bien conduite (généralement 3 à 6 mois de kinésithérapie avec travail proprioceptif et renforcement des péroniers). L’instabilité non traitée peut, à long terme, entraîner des lésions du cartilage et accélérer l’arthrose de la cheville.

Comment fait-on le diagnostic ?

Le diagnostic repose sur l’interrogatoire clinique (histoire des entorses, fréquence, circonstances) et l’examen physique (test du tiroir antérieur, test d’inversion forcée). Une IRM est souvent réalisée pour évaluer l’état des ligaments et rechercher des lésions associées (lésions ostéochondrales, lésions des tendons péroniers, conflit antérieur).

Ce que dit la recherche Notre revue systématique publiée dans le Journal of Foot and Ankle Surgery a analysé l’ensemble des études in vivo utilisant des arthromètres pour évaluer l’instabilité chronique. L’étude a révélé un manque de standardisation dans les critères diagnostiques, soulignant l’importance d’une évaluation clinique rigoureuse pour poser l’indication chirurgicale (Guerra-Pinto F, Andrade R, Diniz P et al., J Foot Ankle Surg, 2021).

Quel traitement pour l’instabilité chronique ?

Traitement conservateur

La première ligne de traitement est toujours la rééducation : renforcement des muscles péroniers (stabilisateurs latéraux de la cheville), travail proprioceptif (exercices d’équilibre sur plateau instable), et adaptation de l’activité. Le port d’une orthèse ou d’un strapping peut aider pendant la phase de rééducation.

Ce traitement est efficace chez la majorité des patients. Cependant, lorsque les symptômes persistent après 3 à 6 mois de rééducation bien conduite, un traitement chirurgical doit être envisagé.

Traitement chirurgical arthroscopique

La chirurgie de stabilisation de la cheville a considérablement évolué ces dernières années. Les techniques arthroscopiques (sous caméra, à travers de petites incisions de 5 mm) offrent aujourd’hui une alternative fiable et moins invasive aux techniques chirurgicales classiques à ciel ouvert.

Il existe deux approches principales :

1. Réparation ligamentaire (Broström-Gould arthroscopique) : le chirurgien retend et réinsère le LTFA sur son insertion anatomique à la fibula, avec un renfort par le rétinaculum des extenseurs (augmentation de Gould). Cette technique est indiquée lorsque le tissu ligamentaire restant est de qualité suffisante.

2. Reconstruction ligamentaire anatomique : en cas de ligament trop endommagé ou rétracté pour être réparé, le chirurgien reconstruit le ligament à l’aide d’une greffe tendineuse (généralement le tendon gracilis, prélevé au niveau de la cuisse, ou un allogreffe). Cette technique, également réalisable sous arthroscopie, restaure l’anatomie ligamentaire native.

L’avantage majeur de l’arthroscopie est de permettre, dans le même temps opératoire, un bilan complet de l’articulation : état du cartilage, lésions ostéochondrales éventuelles, conflit antérieur, et état de la syndesmose. Ces lésions associées peuvent être traitées simultanément.

Ce que dit la recherche Nous avons publié un chapitre dans le livre de référence Lateral Ankle Instability (Springer, 2021) décrivant la technique de réparation arthroscopique du LTFA avec augmentation percutanée de Gould. Cette technique combine la précision de l’arthroscopie avec le renfort biomecanique de l’augmentation de Gould, minimisant le risque de récidive tout en limitant l’agression chirurgicale (Diniz P, Mangone PG, Giza E, Acevedo J, Pereira H. Springer, 2021).

Quels résultats et quelle récupération ?

PériodeÉtapes de la récupération
Semaines 0–3Attelle postérieure. Décharge et élévation du membre.
Semaines 3–6Passage à une botte amovible. Appui selon tolérance. Kinésithérapie active : mobilisation, renforcement musculaire progressif.
Semaines 6–12Renforcement des péroniers, travail proprioceptif intensif (plateau instable, exercices unipodaux). Reprise de la course en ligne droite.
Mois 3–6Reprise progressive des activités sportives avec changements de direction. Travail spécifique au sport pratiqué.
Mois 6+Retour complet aux sports de pivot et de contact selon la récupération musculaire et la confiance du patient.

Les résultats de la chirurgie arthroscopique de stabilisation sont excellents : les études multicentriques montrent une amélioration significative des scores fonctionnels (AOFAS, Karlsson) avec des taux de satisfaction élevés et un faible taux de récidive.

Lésions associées : pourquoi ne pas attendre

L’instabilité chronique non traitée peut entraîner des conséquences à long terme : des lésions focales du cartilage de la cheville, une arthrose précoce de la cheville, et des lésions des tendons péroniers (subluxation, déchirure). D’autres pathologies associées aux entorses de cheville, comme le conflit antérieur de cheville, peuvent entraîner une gêne significative et peuvent être traitées dans le même temps opératoire.

Ce que dit la recherche Notre revue publiée dans le Journal of ISAKOS a fait le point sur le diagnostic et le traitement du conflit antérieur de cheville, une lésion souvent associée à l’instabilité chronique. Le conflit antérieur peut être traité dans le même temps opératoire que la stabilisation ligamentaire (Diniz P, Sousa DA, Batista JP, Abdelatif N, Pereira H. J ISAKOS, 2020).

Pourquoi consulter le Dr. Pedro Gonçalves Diniz ?

Le Dr. Pedro Gonçalves Diniz est chirurgien orthopédique spécialisé en chirurgie du pied et de la cheville, exerçant à Bruxelles (Hôpital Erasme, CHU Brugmann, Guiti Medical Center). Titulaire d’un doctorat (PhD) en bioingénierie, il est co-auteur de plusieurs publications de référence sur l’instabilité de la cheville, le conflit antérieur et les techniques arthroscopiques de stabilisation. Il a contribué à l’ouvrage international Lateral Ankle Instability (Springer, 2021) avec deux chapitres sur les techniques de réparation et de reconstruction ligamentaire.

Ancien médecin de l’équipe U19 du Sport Lisboa e Benfica, il connaît particulièrement bien la problématique de l’instabilité de cheville chez le sportif et les exigences du retour à la compétition.

Prendre rendez-vous

Guiti Medical Center : Av. de Tervueren 128, 1150 Woluwe-Saint-Pierre — via DoctorAnytime

Hôpital Erasme : Route de Lennik 808, 1070 Bruxelles — via Erasme.be

CHU Brugmann : Place A. Van Gehuchten 4, 1020 Bruxelles — via Rosa.be

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Le Dr. Diniz adapte la prise en charge à chaque patient après un examen clinique complet.

Références scientifiques

Diniz P, Sousa DA, Batista JP, Abdelatif N, Pereira H. Diagnosis and treatment of anterior ankle impingement: state of the art. J ISAKOS. 2020;5(5):295–303

Diniz P, Mangone PG, Giza E, Acevedo J, Pereira H. Arthroscopic ATFL Repair with Percutaneous Gould Augmentation. In: Pereira H et al. (eds) Lateral Ankle Instability. Springer, 2021. DOI: 10.1007/978-3-662-62763-1_24

Diniz P, Quintero D, Ezpeleta L, Abdelatif N, Batista J, Pereira H. The Plantaris Tendon Option for Anatomical Reconstruction. In: Pereira H et al. (eds) Lateral Ankle Instability. Springer, 2021. DOI: 10.1007/978-3-662-62763-1_32

Guerra-Pinto F, Andrade R, Diniz P et al. Lack of Definition of Chronic Ankle Instability With Arthrometer-Assisted Ankle Joint Stress Testing: A Systematic Review of In Vivo Studies. J Foot Ankle Surg. 2021;60(6):1241–1253

Pacheco J, Guerra-Pinto F, Araújo L, Flora M, Alçada R, Rocha T, Diniz P, Consciência JG. Chronic ankle instability has no correlation with the number of ruptured ligaments in severe anterolateral sprain. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2021;29(11):3512–3524

Lacerda D, Pacheco D, Rocha AT, Diniz P, Pedro I, Guerra Pinto F. Current Concept Review: State of Acute Lateral Ankle Injury Classification Systems. J Foot Ankle Surg. 2022. DOI: 10.1053/j.jfas.2022.08.005